Le président du Manidem, Anicet Ekane, est décédé lundi 1er décembre après 38 jours de détention. Arrêté dans le contexte de la crise postélectorale pour avoir soutenu l’opposant Issa Tchiroma Bakary, il était privé de ses appareils médicaux vitaux depuis son interpellation. Sa mort soulève de vives interrogations sur les conditions de sa détention.
Une arrestation dans un climat explosif
Georges Anicet Ekane avait été arrêté le 24 octobre 2025 à Douala dans des conditions rocambolesques, en pleine crise postélectorale. Son interpellation intervient dans le climat tendu qui a suivi l’élection présidentielle du 12 octobre, remportée officiellement par Paul Biya pour un huitième mandat, mais contestée par l’opposition.
Les autorités reprochaient à ce militant de longue date un soutien affiché à Issa Tchiroma Bakary, l’opposant qui s’est proclamé vainqueur du scrutin et président élu du Cameroun. Ce positionnement politique était perçu par le pouvoir comme une incitation au soulèvement populaire. Détenu au secrétariat d’État à la Défense (SED) à Yaoundé, Ekane était resté incarcéré pendant 38 jours.
La controverse des appareils médicaux confisqués
Le cas d’Anicet Ekane avait pris une tournure dramatique ces dernières semaines en raison de la confiscation de ses équipements médicaux vitaux. L’opposant souffrait de graves problèmes respiratoires, un état de santé connu de tous, y compris des autorités qui l’ont placé en détention.
Dans un communiqué publié le 21 novembre 2025, le Manidem avait lancé un cri d’alarme, dénonçant le fait que les dispositifs de soins de son président, notamment un extracteur d’oxygène indispensable, étaient restés dans son véhicule séquestré dans les locaux du groupement de la gendarmerie de Douala depuis la soirée du 24 octobre. Le parti avait qualifié cette situation de “gravement dangereuse” pour la santé de son leader.
Selon son avocat, Maître Hippolyte Meli, ce n’est que le 27 novembre 2025 – soit plus d’un mois après son arrestation – qu’une équipe de cinq gendarmes a remis à Anicet Ekane son extracteur d’oxygène et ses accessoires au Centre médical de la gendarmerie de Yaoundé. L’avocat avait alors annoncé son intention de déposer plainte contre le colonel commandant la Légion de gendarmerie du Littoral pour cette confiscation qu’il qualifiait de “fait criminel”.
Une figure historique de l’opposition camerounaise
Anicet Ekane était bien plus qu’un simple opposant politique. Figure majeure de la gauche nationaliste camerounaise, il s’était illustré comme leader remarqué durant les années dites “de braise” dans la décennie 1990, période de forte contestation politique au Cameroun.
Héritier des luttes indépendantistes, il s’était imposé au fil des décennies comme une conscience critique, parfois radicale et souvent solitaire, de la vie politique camerounaise. Son engagement intransigeant en faveur du changement démocratique faisait de lui l’un des derniers nationalistes de sa génération encore actifs sur la scène politique.
Ces derniers mois, Ekane était revenu sur le devant de la scène en apportant son soutien à différentes figures de l’opposition. Il avait d’abord appuyé Maurice Kamto avant de se rallier à Issa Tchiroma Bakary lors de la présidentielle de 2025, un choix qui lui a finalement coûté la vie.
Un décès qui alourdit la crise postélectorale
La mort d’Anicet Ekane intervient alors que le Cameroun traverse l’une de ses crises politiques les plus graves depuis des années. Depuis la réélection contestée de Paul Biya, 92 ans et au pouvoir depuis 1982, les manifestations se sont multipliées dans les grandes villes du pays et ont été violemment réprimées.
Le décès de cette figure de l’opposition en détention ne manquera pas d’alimenter les tensions et de renforcer la détermination de ceux qui réclament un changement de régime. Les circonstances exactes de sa mort restent à éclaircir, mais la privation prolongée de soins médicaux essentiels soulève de graves questions sur le traitement réservé aux opposants politiques au Cameroun.
Avec la disparition d’Anicet Ekane, le pays perd l’une de ses voix les plus constantes en faveur de la démocratie et de l’indépendance véritable, un symbole de la lutte pour le changement qui avait marqué ces dernières décennies de vie politique camerounaise.
