Il fallait du courage. Ou peut-être simplement de la conviction. Alors que certains, dans sa situation, auraient choisi le repli ou la négociation discrète, Elliott Ahlin Ohin a choisi de répondre. Fort. Publiquement. Et avec les armes du droit.
Ohin, debout
Sa mise au point du 21 mai 2026 n’est pas celle d’un homme brisé par une décision disciplinaire. C’est le texte d’un vice-président fondateur qui estime — et qui démontre — que la décision prise à son encontre est frappée de nullité. Que le congrès qui l’a rendue possible est illégal. Que la procédure judiciaire en cours le prouvera. Que la vérité, « juridique et politique », triomphera.
« La nuit est longue, mais le jour vient », conclut-il. Une phrase simple. Mais chargée d’une promesse que ses adversaires feraient bien de prendre au sérieux.
Alipui, illégitime
En face, Séna Alipui. Celui-là même qui a signé la décision d’exclusion en se prévalant de sa qualité de deuxième vice-président du parti et des dispositions des articles 47 et 26 des textes internes de l’UFC. Sauf que l’autorité dont il se réclame reposerait sur un congrès organisé en dehors de tout cadre légal. On ne peut pas invoquer les textes d’un parti quand on les a soi-même violés pour accéder au siège depuis lequel on les invoque. C’est une imposture. Et c’est précisément ce qu’Ohin dénonce avec une précision chirurgicale.
Alipui n’est pas un gardien des statuts. C’est, selon les éléments disponibles, un hors-la-loi en costume institutionnel, dont la légitimité est aujourd’hui suspendue à un verdict judiciaire qu’il semble vouloir devancer à tout prix.
Olympio, absent
Et puis il y a celui dont on attendrait qu’il parle. Gilchrist Olympio. Le fondateur. Le patriarche. L’homme dont le nom reste synonyme, pour des milliers de Togolais, d’une certaine idée de l’alternance et de la résistance démocratique.
Son silence face aux dérives de Séna Alipui et de sa clique est incompréhensible. Ou peut-être trop compréhensible. Le poids des années, dit-on dans les cercles proches du parti, rend difficile les arbitrages tranchés, les recadrages fermes, les décisions qui fâchent. Résultat : pendant que le président-fondateur se tait, les brebis égarées s’emparent de la bergerie et foutent le bordel, sans que personne au sommet ne daigne leur rappeler les règles du jeu.
Un parti ne peut pas survivre longtemps à l’absence de son chef. Encore moins quand des hommes sans légitimité réelle en profitent pour régler leurs comptes et purger leurs adversaires internes.
L’UFC est à la croisée des chemins. La justice tranchera sur le fond. Mais c’est l’histoire — et les militants — qui jugeront ceux qui auront choisi, dans ce moment difficile, le camp de la vérité ou celui de la manœuvre.
