Annoncé en grande pompe le 28 août par le président Félix Tshisekedi, le dialogue national censé apaiser les tensions politiques en République démocratique du Congo se heurte, dès son lancement, au rejet massif de l’opposition. Un bras de fer qui s’annonce déterminant à l’approche d’une manifestation prévue le 15 septembre.
Un rejet immédiat et sans nuance
Dès le lendemain de l’annonce présidentielle, la Coalition article 64 (C64), qui regroupe une bonne partie de l’opposition, a fait savoir son opposition totale à ce qu’elle qualifie de simples consultations populaires, bien loin du dialogue national inclusif espéré. L’ancien Premier ministre Matata Ponyo Mapon, cosignataire du communiqué aux côtés de Martin Fayulu, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund et Moïse Katumbi, assure que ce refus fait l’unanimité au sein de la coalition.
Son principal grief porte sur l’absence d’inclusivité du processus, notamment l’exclusion des rebelles de l’AFC/M23. Le chef de l’État avait pourtant clairement posé cette limite, refusant qu’un mouvement armé impose par la force ce qu’il n’a pas obtenu par les urnes, tout en se disant ouvert à l’accueil d’éventuels repentis. Le format retenu s’éloigne ainsi sensiblement du projet initialement porté par la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) et l’Église du Christ au Congo (ECC), qui prévoyait d’associer les groupes armés pour traiter les causes profondes du conflit à l’Est. Ni la Cenco ni l’ECC n’obtiennent d’ailleurs de rôle de médiation dans la formule présidentielle, ce qui déçoit jusqu’au mouvement Sauvons la RDC, plateforme animée par l’ancien président Joseph Kabila, qui réclame que les évêques se voient confier une véritable mission de médiation.
Des consultations provinciales sous suspicion
Autre point de friction : les consultations prévues dans les vingt-six provinces du pays. L’opposition redoute qu’elles ne servent qu’à donner une apparence d’adhésion populaire à un futur changement constitutionnel. Bienvenu Matumo, du mouvement Sauvons la RDC, dénonce un exercice biaisé d’avance, les gouverneurs étant tous issus de la coalition présidentielle et donc susceptibles de produire des rapports favorables à une réforme de la Constitution. Le président Tshisekedi assure au contraire que chaque province établira son propre diagnostic en toute liberté.
Le lieu du dialogue, autre pomme de discorde
L’opposition refuse également que les discussions se tiennent à Kinshasa. Une partie de ses figures vivant en exil, elle estime ne pas disposer des garanties nécessaires pour un retour sécurisé au pays. C’est le cas de Matata Ponyo Mapon, qui a quitté la RDC après une condamnation à dix ans de travaux forcés dans l’affaire Bukanga Lonzo, une décision de justice qu’il conteste vivement. Malgré les promesses présidentielles de mesures de décrispation, la méfiance demeure, comme en témoigne l’exilé Seth Kikuni, membre de Sauvons la RDC, pour qui un dialogue organisé à Kinshasa reviendrait à enfermer l’opposition dans un piège.
Une partie de l’opposition plaide dès lors pour l’implication d’un pays tiers, jugeant que le président ne peut être à la fois juge et partie. L’Angola s’était d’ailleurs proposé pour accueillir les discussions à Luanda, avec l’ambition d’y associer aussi bien l’opposition armée que non armée et le gouvernement, sous sa propre supervision. Une offre que Félix Tshisekedi et son entourage n’ont pas retenue.
Une manifestation maintenue le 15 septembre
Après avoir reporté à deux reprises ses mobilisations pour laisser une chance à la médiation, la C64 a décidé de maintenir son rassemblement du 15 septembre, jour de la rentrée parlementaire. L’enjeu est de taille : la proposition de loi sur l’organisation d’un référendum doit repasser devant le Parlement pour y être corrigée, après les réserves émises par la Cour constitutionnelle. L’opposition entend ainsi peser sur les débats et exprimer son rejet d’un texte qu’elle perçoit comme un moyen détourné de réviser la Constitution pour permettre à Félix Tshisekedi de se maintenir au pouvoir.
Cette échéance sera aussi un test de la capacité de mobilisation populaire de l’opposition. Conscients de cet enjeu, la C64 et le mouvement Sauvons la RDC, plus proche de Joseph Kabila, évoquent une possible convergence, malgré leurs différences, pour faire front commun dans la rue.
Dans son communiqué du 31 août, Sauvons la RDC a réaffirmé son refus de cautionner par sa présence ce qu’il qualifie de dialogue entre initiés. Le mouvement avait déjà posé, début août, sept conditions préalables à toute participation, parmi lesquelles la tenue des discussions dans un pays tiers et la levée de condamnations à mort qu’il juge arbitraires.
Une majorité unanime derrière le président
Face à cette opposition en ordre de bataille, la majorité présidentielle affiche au contraire une adhésion unanime. Des figures politiques habituellement discrètes, comme Vital Kamerhe et Jean-Pierre Bemba, ont pris position publiquement en soutien au processus, appelant à dépasser les clivages partisans. Cette large coalition, l’Union sacrée de la nation (USN), permet à Félix Tshisekedi de relativiser le rejet de l’opposition et de se présenter en rassembleur, fidèle, selon ses propres mots, à une ligne d’ouverture affichée depuis son arrivée au pouvoir.
Du côté de la majorité, on reproche à l’opposition son intransigeance. L’ancien ministre des Finances Nicolas Kazadi a ainsi dénoncé de mauvais procès faits aux partisans du dialogue. Le député du Nord-Kivu Michel Moto va plus loin, estimant que les critiques de l’opposition sur l’exclusion du M23 et du Rwanda servent surtout à masquer d’autres intérêts, alors qu’un dialogue parallèle avec l’AFC/M23 se poursuit déjà à Doha, sous médiation qatarie. Il ne désespère toutefois pas de voir une partie de l’opposition rejoindre le processus, y compris en cas de division en son sein.
