Longtemps réticent à siéger dans la nouvelle chambre haute béninoise, l’ancien président Thomas Boni Yayi a annoncé le 23 juillet 2026 qu’il exercera finalement son droit constitutionnel de sénateur. Une décision motivée, selon lui, par l’évolution du paysage politique et la nécessité de créer des espaces de dialogue dans un pays dont la vie politique reste crispée.
Cotonou — Le retournement est spectaculaire. Thomas Boni Yayi, président du Bénin de 2006 à 2016, figure de proue de l’opposition à la gouvernance de Patrice Talon, avait clairement affiché son refus de rejoindre le Sénat au moment de la révision constitutionnelle qui avait créé cette institution. Il avait alors jugé inutile ou inopportun d’y prendre place. Ce 23 juillet 2026, dans une déclaration adressée à la nation, il annonce qu’il a changé d’avis — et que le moment est venu d’investir cette tribune institutionnelle.
« C’est la Constitution » : une décision de principe
L’ancien chef de l’État prend soin de cadrer sa décision dans un registre qui dépasse toute considération personnelle. S’appuyant sur l’article 113-3 de la Constitution béninoise, qui confère aux anciens présidents de la République le droit de siéger de plein droit au Sénat, Yayi Boni formule sa position avec une précision destinée à couper court aux interprétations malveillantes : « Je n’en suis pas demandeur, c’est la Constitution. » Une formule qui souligne que sa démarche n’est ni une quête d’influence personnelle ni une ambition de retour politique par la petite porte — mais l’exercice d’un droit constitutionnel que les circonstances rendent, à ses yeux, désormais nécessaire.
Un contexte politique qui a changé la donne
Pour justifier ce revirement, Yayi Boni pointe une évolution du paysage institutionnel béninois qu’il juge préoccupante. Il évoque notamment un Parlement dominé par une seule force politique et la raréfaction des espaces de concertation démocratique. Dans ce contexte, le Sénat lui apparaît comme un lieu potentiel de dialogue — une tribune où des voix plurielles pourraient se faire entendre, contribuant à l’apaisement d’un climat politique qu’il juge trop tendu.
Cette lecture du rôle potentiel de la chambre haute comme espace de décrispation est révélatrice des priorités que l’ancien président entend défendre depuis ce nouveau poste : respect des droits de l’Homme, protection des libertés fondamentales, renforcement de l’unité nationale, démocratie et paix. Il évoque également, sans détours, la nécessité d’une réflexion sur la situation des prisonniers et des exilés politiques — une question sensible dans le contexte béninois, qui renvoie directement aux tensions des dernières années entre le pouvoir en place et une partie de l’opposition.
Un poids lourd dans une institution naissante
L’arrivée de Yayi Boni au Sénat n’est pas un événement anodin. L’institution, encore jeune, est en cours d’installation — une semaine plus tôt, c’est l’ancien président Nicéphore Soglo qui était à la manœuvre pour organiser sa mise en place officielle. La présence d’un ancien chef d’État de l’envergure de Yayi Boni — qui a gouverné le Bénin pendant dix ans et conserve une base de sympathisants significative, notamment dans le centre et le nord du pays — modifie l’équilibre symbolique et politique de cette chambre, dont la composition et le rôle restent encore à définir dans la pratique.
En concluant sa déclaration par un appel à l’unité, à la prière et à la consolidation démocratique, l’ancien président dessine la posture qu’il entend adopter : celle d’un sage au-dessus des partis, soucieux de l’intérêt général — sans pour autant renoncer à porter des positions politiques claires sur les questions qui lui tiennent à cœur.
Le Sénat béninois accueille un nouveau membre de poids. Et avec lui, une voix qui ne sera certainement pas celle du consensus facile.
