Ce samedi 5 avril, la petite ville de Ntoum, nichée à une trentaine de kilomètres de Libreville, est devenue le théâtre d’une scène politique inédite. Sous un soleil de plomb, Marc Ona Essangui et sa délégation du Rassemblement des Bâtisseurs (RDB) ont transformé une simple remise de kits de campagne en véritable leçon de démocratie participative. Loin des fastes des meetings urbains, cette rencontre intimiste avec les associations locales révèle la mécanique bien huilée d’une campagne qui mise sur le terrain.
La méthode Ona Essangui : rigueur et proximité
Visage grave derrière ses lunettes rectangulaires, l’ancien militant des droits humains a une nouvelle fois impressionné par son approche méthodique. “Chaque kit remis correspond à un plan d’action précis”, explique-t-il en présentant le contenu des cartons : pas seulement des tee-shirts et des casquettes, mais des fiches techniques détaillant les engagements du candidat par secteur d’activité, des argumentaires thématiques et même un guide du bon usage des réseaux sociaux. À ses côtés, Luck Ondias Souna et Pascal Frank Nze Ndong complètent le tableau d’une équipe rodée, capable de répondre avec précision aux questions les plus pointues sur le financement des associations ou le calendrier électoral.
Un dialogue qui rompt avec les pratiques passées
Ce qui frappe dans cette rencontre, c’est la qualité des échanges. “Nous ne sommes pas venus vous donner des consignes, mais écouter vos propositions”, lance Ona Essangui à une assemblée composée de responsables associatifs souvent habitués à un rapport vertical avec les partis politiques. Les questions fusent, parfois critiques, sur la représentativité des petites associations ou l’après-élection. Les réponses, nourries par des données concrètes, semblent convaincre même les plus sceptiques. “Pour une fois, on a l’impression qu’on ne nous prend pas pour des figurants”, murmure la présidente d’une association de femmes agricultrices.
Les kits comme symboles d’une nouvelle ère
La remise solennelle des kits prend alors une dimension particulière. Ces cartons soigneusement scellés contiennent bien plus que du matériel de propagande : ils incarnent un contrat moral entre le RDB et la société civile. “Ces kits sont des outils de travail, pas des cadeaux”, insiste Frank Nze Ndong en rappelant l’obligation de transparence dans leur utilisation. Chaque association devra rendre compte du nombre de personnes touchées, des quartiers couverts et des retours du terrain. Une approche comptable inédite qui contraste avec la distribution aléatoire des campagnes précédentes.
L’engagement des associations : du symbolique au concret
La réaction des bénéficiaires dépasse les simples remerciements protocolaires. “Ces kits, nous allons les transformer en armes de mobilisation massive”, promet le représentant des jeunes de Ntoum, évoquant déjà des tournées dans les quartiers périphériques. D’autres parlent de “devoir civique” et de “responsabilité historique”. Une vieille dame, présidente d’une association de veuves, s’engage même à convaincre “chaque femme du marché central”. Ces propos, loin d’être de simples effets de manche, s’appuient sur des plans d’action déjà rédigés que les responsables du RDB prennent soin d’archiver.
Ntoum, miroir d’une stratégie nationale
Ce qui se joue dans cette localité modeste est en réalité la déclinaison microcosmique d’une stratégie pensée à l’échelle nationale. “Ce qui marche à Ntoum doit marquer partout”, confie Luck Ondias Souna en évoquant les 200 points de distribution similaires à travers le pays. La particularité gabonaise ? Avoir su adapter le discours aux réalités locales : ici on parle davantage d’emplois industriels (la zone économique de Nkok est proche), là-bas de pêche durable ou d’agriculture urbaine.
Le compte à rebours est lancé
Alors que le soleil décline sur Ntoum, la délégation reprend la route vers Libreville. Dans son sillage, des dizaines d’associations s’activent déjà, transformant des locaux communautaires en QG de campagne improvisés. Les premiers tee-shirts blancs et verts commencent à fleurir dans les rues. Marc Ona Essangui peut être satisfait : sa vision d’une campagne ancrée dans le réel prend forme. Reste maintenant la plus difficile des épreuves : transformer cette belle mécanique citoyenne en votes concrets le 12 avril prochain. À en juger par l’énergie déployée ce samedi à Ntoum, le pari n’est peut-être pas si audacieux qu’il n’y paraît.

