L’Union africaine tourne une page : Mahamoud Ali Youssouf prend les rênes de la Commission . Le siège de l’Union africaine à Addis-Abeba a vibré ce 13 mars 2025 d’une énergie particulière, celle du renouveau. Dans une cérémonie chargée de symboles, Mahamoud Ali Youssouf a officiellement endossé le rôle de président de la Commission de l’UA, marquant le début d’un mandat qui s’annonce aussi ambitieux que périlleux. Le diplomate djiboutien, visage familier des arcanes panafricaines, succède ainsi à Moussa Faki Mahamat après une décennie de leadership continu.
Une passation de pouvoir dans la tradition panafricaine
La cérémonie minutieusement chorégraphiée a su marier solennité et espoir. Dès 10 heures, sous les fresques du grand hall du siège de l’UA, les deux hommes ont scellé cette transition devant un parterre de chefs d’État et de diplomates. Le président angolais João Lourenço, nouveau président en exercice de l’UA, a prononcé une allocution marquant cette double transition à la tête de l’organisation continentale. Les regards étaient cependant tournés vers le nouveau venu, dont le discours inaugural a tracé les contours d’une “UA plus proactive et moins procédurière”.
Une équipe rodée pour des défis colossaux
La veille de cette passation historique, Mahamoud Ali Youssouf avait dévoilé les premières pièces maîtresses de son dispositif. Le choix de Mohamed el-Amine Souef comme directeur de cabinet ne surprend guère les observateurs avertis. Ce Comorien de 62 ans, dont le parcours épouse les méandres des crises africaines – notamment somalienne -, apporte à son nouveau patron une connaissance intime des dossiers sécuritaires les plus épineux. Leur complicité remonte à près de trois décennies, forgée dans les couloirs du Caire alors qu’ils représentaient leurs pays respectifs.
En contrepoint, la nomination de Moussa Mohamed Omar comme directeur adjoint du cabinet consolide l’ancrage djiboutien de cette nouvelle équipe. Ce technocrate discret mais redoutablement efficace avait été l’architecte invisible de la campagne victorieuse de Youssouf. Son arrivée garantit une continuité dans la mise en œuvre de la vision du nouveau président.
L’art délicat des équilibres régionaux
Ces premières nominations ne sont que la partie émergée d’un puzzle bien plus complexe. Mahamoud Ali Youssouf devra dans les semaines à venir composer avec les exigences contradictoires des cinq régions africaines, chacune jalouse de sa représentation. Le Sud, par l’entremise de la SADC qui a largement soutenu sa candidature, attendra une attention particulière. Mais le nouveau président ne pourra se permettre de négliger l’Ouest, où certains pays avaient manifesté des réticences lors de son élection.
Les tensions autour des transitions démocratiques
Mahamoud Ali Youssouf devra surtout redéfinir le rôle de l’UA dans un paysage international en pleine reconfiguration, où les puissances extra-africaines rivalisent d’influence sur le continent.
Les premiers signaux d’une nouvelle ère
Les analystes scrutent déjà les premiers gestes du nouveau président pour déceler la tonalité de son mandat. Son insistance répétée sur “l’efficacité opérationnelle” et sa promesse de “réduire le fossé entre les décisions et leur mise en œuvre” laissent entrevoir une approche plus pragmatique que celle de son prédécesseur. La composition de son équipe, mêlant expérience terrain et connaissance des institutions, semble calibrée pour cette ambition.
Le temps de l’action
Les prochains mois seront décisifs pour cette nouvelle équipe dirigeante. Entre les attentes démesurées des États membres et les limites budgétaires bien réelles de l’organisation, Mahamoud Ali Youssouf devra trouver la formule magique pour redonner à l’UA sa place centrale dans la gouvernance continentale. Son atout majeur réside peut-être dans cette équipe soudée qu’il a patiemment constituée, combinant l’expertise technique et la confiance personnelle. Reste à transformer cet atout en résultats tangibles pour les peuples africains.
