Le gouvernement béninois franchit une nouvelle étape dans la promotion de la production nationale. À travers une lettre circulaire datée de ce jour, le ministre de l’Économie et des Finances, Aristide Medenou, demande à l’ensemble des ministères, administrations et institutions publiques de renforcer la place des biens fabriqués localement dans leurs achats.
Une commande publique mise au service du « Made in Bénin »
Cette mesure s’inscrit dans le cadre de la politique nationale de promotion de la production locale et s’appuie sur plusieurs textes existants : les Instructions et Modalités d’Exécution du Budget des Administrations Publiques, le Code des Marchés Publics béninois, ainsi que le Code communautaire de l’artisanat de l’UEMOA.
Concrètement, les administrations et entités publiques sont désormais tenues de privilégier l’acquisition de produits fabriqués au Bénin, à condition qu’ils figurent sur une liste annexée à la circulaire, et de se fournir auprès d’artisans, d’unités de production ou d’entreprises locales dûment habilités. Cette liste n’est pas figée : elle sera actualisée périodiquement dans le Répertoire des Prix de Référence (RPR), consultable sur la plateforme du ministère de l’Économie et des Finances. Les produits retenus devront répondre aux spécifications techniques, aux normes et aux exigences de qualité fixées par ce répertoire, ce qui signifie que la priorité donnée au local ne se fait pas au détriment de la qualité.
Huit catégories de produits concernées
La circulaire s’accompagne d’une liste détaillée de produits locaux, répartis en huit grandes catégories : produits céréaliers et dérivés, produits oléagineux et dérivés, boissons et eaux, produits d’hygiène et d’entretien, textiles et habillement, mobilier scolaire et administratif, instruments culturels et musicaux, ainsi que matériaux de construction et ouvrages.
Dans le domaine agroalimentaire figurent notamment le gari, y compris sa déclinaison premium au lait de coco, le riz, le fonio, le maïs, le haricot, le sorgho, l’attiéké, le couscous d’igname ainsi que différents produits dérivés du soja. S’y ajoutent les huiles d’arachide, de palme, de sésame et d’autres huiles végétales, la pâte et les graines d’arachide, ou encore le beurre de karité. Côté boissons, la liste inclut les jus de gingembre, d’ananas, de mangue, de bissap et de pastèque, ainsi que les eaux minérales et bières de fabrication locale.
Le champ d’application dépasse largement l’alimentaire. Les administrations sont également invitées à privilégier les savons liquides, pains de savon, désinfectants et autres produits d’entretien fabriqués localement. Dans l’habillement, la liste couvre notamment les tenues des forces armées béninoises et assimilées, celles du personnel de la justice, ainsi que les tee-shirts, casquettes et maillots personnalisés. Le mobilier scolaire et administratif n’est pas en reste, avec les tables-bancs, armoires, rayonnages, étagères, fauteuils, tabourets et bureaux. La dimension culturelle trouve également sa place, à travers les tam-tams, tambours artisanaux, flûtes, gongs traditionnels ou encore masques et perles artisanales. Enfin, les matériaux de construction locaux concernés incluent les briques, pavés, tuiles artisanales, menuiseries en bois et ouvrages de ferronnerie.
L’importation désormais soumise à autorisation préalable
L’une des dispositions les plus contraignantes de cette circulaire concerne le recours aux produits importés. Tout achat d’un produit étranger venant se substituer à un produit fabriqué localement devra désormais faire l’objet d’une autorisation préalable du ministre de l’Économie et des Finances. L’objectif affiché est d’éviter que des biens importés soient systématiquement préférés, alors même qu’une offre locale répondant aux exigences de qualité existe sur le marché béninois.
Le signal envoyé aux responsables des administrations publiques est sans ambiguïté : la commande publique doit désormais fonctionner comme un véritable levier de développement de la production nationale, et non plus comme un simple mécanisme d’acquisition de biens et services.
Un enjeu économique pour tout le tissu productif national
Au-delà de l’aspect procédural, cette réorientation de la commande publique porte un enjeu économique de taille. En orientant une partie de ses achats vers les producteurs locaux, l’État béninois entend créer de nouveaux débouchés pour les entreprises, artisans et unités de production du pays. Les effets recherchés sont multiples : stimuler la production nationale, soutenir l’artisanat, favoriser la création et la consolidation d’emplois, renforcer les chaînes de valeur locales et donner davantage de visibilité aux produits fabriqués au Bénin.
Le défi de la mise en œuvre effective
Reste désormais l’épreuve de l’application concrète de cette circulaire. Entre les prescriptions administratives et leur traduction dans les pratiques quotidiennes des ministères et organismes publics se jouera l’efficacité réelle de cette politique. Le gouvernement a d’ores et déjà demandé aux ministres de prendre les dispositions nécessaires pour garantir le respect de ces nouvelles règles.
Le « Made in Bénin » n’est ainsi plus seulement un slogan de promotion économique : il est désormais appelé à occuper une place plus importante dans les marchés publics financés par l’État.
