Alors que le Gabon entame sa mue sous l’impulsion de la 5ème République à la suite de l’élection du président Brice Clotaire Oligui Nguema, le sport national semble s’enliser dans un imbroglio juridique inédit qui frise la santé sportive en général et celui du football en particulier.
En suspendant le processus électoral de la Fédération Gabonaise de Football (FEGAFOOT) en avril dernier, et en reportant l’échéance à décembre 2026, le ministre Paul Ulrich Kessany soulève une vague d’indignation. Entre formalisme administratif excessif et déficit de vision stratégique, le “flicage” des instances sportives interroge : Kessany est-il l’homme de la réforme ou celui du blocage ?
Le prétexte de l’agrément technique: Une rigueur à géométrie variable ?
L’argument massue est tombé comme un couperet, la FEGAFOOT, ses 9 ligues provinciales et ses clubs ne seraient pas en conformité avec l’agrément technique de sa tutelle. Si le respect des textes est un impératif de bonne gouvernance, la méthode interroge les observateurs. Pour beaucoup, transformer un document administratif en arme de suspension massive ressemble à un “passage en force” bureaucratique.
De nombreux analystes soulignent une contradiction flagrante. À ce sujet, comment exiger une conformité immédiate tout en gelant les processus qui permettraient justement de légitimer de nouveaux bureaux capables de mener à bien ces réformes ?
En repoussant l’élection de Pierre Alain Mounguengui à décembre 2026, le ministère crée un vide de légitimité prolongé qui pourrait paralyser le football gabonais sur la scène internationale, au risque de froisser la FIFA et la CAF.
Gouvernance contre « Ambiances et Loisirs »
Au-delà de la bataille des textes, c’est le style Kessany qui est sous le feu des critiques. Nommé pour insuffler une véritable dynamique de restauration prônée par le Président de la République, le Général Brice Clotaire Oligui Nguema, le ministre semble, pour certains, s’être éloigné de la feuille de route initiale.
“On attendait un bâtisseur d’infrastructures et un stratège du développement du sport dans son ensemble, on semble avoir un adepte des représentations et des loisirs sportifs”, confie un spécialiste du sport local.
Là où la vision présidentielle appelle à une structuration profonde et à une excellence opérationnelle pour faire du sport un levier d’unité nationale et de développement, l’action ministérielle actuelle est perçue comme une succession de décisions d’arrière “boutique”. Le reproche est cinglant, le ministre privilégierait l’apparat et les “ambiances” des tribunes plutôt que le travail de fond nécessaire à la relance des championnats et à la formation des jeunes.
Un désalignement avec la vision du Chef de l’État Oligui Nguema ?
La question de la loyauté aux orientations du Chef de l’État est désormais posée. Elle nécessite une exécution sans délai, pour le bien du plus grand nombre dans le domaine du sport qui est un vecteur d’unité et de cohésion nationale. Le Président Oligui Nguema prône la célérité, la transparence et le pragmatisme. Or, la suspension sine die des processus électoraux ayant touché aussi le Comité National Olympique, donne l’impression d’une volonté de mise sous tutelle politique du sport plutôt que d’une volonté d’autonomie et de performance.
En choisissant la confrontation frontale avec les instances faîtières plutôt que le dialogue constructif, Paul Kessany prend le risque de fragiliser un secteur déjà convalescent causé par les ennemis du développement du football. Le report à décembre 2026 sonne comme un aveu d’impuissance, à défaut de pouvoir réformer avec les acteurs en place, on choisit de geler le temps.
L’urgence d’un arbitrage
Le sport gabonais ne peut se payer le luxe d’une transition éternelle ou d’une gestion basée sur l’humeur administrative. Si l’objectif est réellement la “bonne gouvernance”, elle doit se traduire par des actes qui construisent et non par des décrets qui suspendent. À l’heure où le Gabon cherche à restaurer sa dignité dans tous les secteurs, le ministère des Sports se doit de redescendre sur le terrain de la réalité et de l’efficacité, loin des projecteurs des salons et des querelles de clocher.
