Le président ghanéen John Dramani Mahama a entamé samedi 8 mars une mission diplomatique cruciale à Bamako, marquant une tentative de rapprochement entre le Mali et la CEDEAO. Cette visite intervient dans un contexte de tensions régionales exacerbées depuis le retrait malien de l’organisation ouest-africaine en janvier dernier, suivi par le Burkina Faso et le Niger. Ces trois pays, unis au sein de l’Alliance des États du Sahel, reprochent à la CEDEAO son manque de soutien dans leur lutte contre le terrorisme et son alignement perçu sur les positions françaises.
Dans les salons feutrés du palais présidentiel de Koulouba, le médiateur ghanéen s’est entretenu longuement avec le colonel Assimi Goïta, chef de la transition malienne. Les discussions, bien que gardées confidentielles, semblent avoir permis un premier dégel. “Nous avons posé les bases d’une reprise du dialogue”, a déclaré Mahama à l’issue de la rencontre, tout en rappelant l’ouverture permanente des ports ghanéens aux partenaires maliens – un geste économique significatif pour ce pays enclavé dont les échanges commerciaux dépendent largement des infrastructures portuaires de la sous-région.
Cette initiative diplomatique s’inscrit dans une stratégie plus large menée par plusieurs capitales ouest-africaines pour préserver l’intégrité de la CEDEAO. Le président ivoirien Alassane Ouattara aurait personnellement soutenu cette démarche, conscient des risques d’éclatement que fait peser la crise actuelle sur l’organisation régionale. Les observateurs notent cependant que les positions restent profondément divergentes, les autorités maliennes continuant de dénoncer ce qu’elles considèrent comme une ingérence permanente de la CEDEAO dans leurs affaires intérieures.
La situation se complique davantage avec la consolidation récente de l’Alliance des États du Sahel, qui affirme vouloir créer des mécanismes alternatifs de coopération en matière de sécurité et de développement économique. Les trois pays membres travaillent activement à la création d’une monnaie commune et renforcent leur collaboration militaire, avec le soutien affiché de la Russie. Cette dynamique inquiète les chancelleries ouest-africaines, qui craignent une bipolarisation durable de la région.
Les prochaines semaines seront déterminantes pour l’avenir des relations entre la CEDEAO et les pays du Sahel. Une réunion des chefs d’État de l’Alliance est prévue fin mars à Niamey, où ces questions devraient être au cœur des discussions. En coulisses, plusieurs diplomates s’activent pour trouver des compromis acceptables, notamment sur la question sensible des sanctions économiques qui pèsent toujours sur les régimes de transition.
Cette crise révèle les profondes mutations à l’œuvre en Afrique de l’Ouest, où les équilibres géopolitiques traditionnels sont remis en cause par l’émergence de nouveaux acteurs et l’affirmation croissante des souverainetés nationales. Le rôle de médiateur joué par John Dramani Mahama, reconnu pour son expérience et son sens du dialogue, pourrait s’avérer crucial dans les semaines à venir. Mais le chemin vers une réconciliation semble encore long, tant les méfiances réciproques restent vives entre Bamako et les capitales de la CEDEAO.
Au-delà des enjeux immédiats, c’est toute l’architecture de la coopération régionale qui se trouve interrogée. Les institutions ouest-africaines, conçues à une époque différente, parviendront-elles à s’adapter aux nouvelles réalités politiques et sécuritaires du Sahel ? La question reste ouverte, mais une chose est certaine : l’Afrique de l’Ouest de 2024 n’est plus celle d’hier, et ses dirigeants devront faire preuve d’imagination politique pour préserver l’essentiel – la paix et la stabilité d’une région cruciale pour tout le continent.