La Cour de Répression des Infractions Économiques et du Terrorisme (Criet) du Bénin a requis, lundi 14 avril, une peine de deux ans de prison ferme accompagnée d’une amende d’un million de francs CFA à l’encontre de Steve Amoussou. Ce cyberactiviste bien connu pour ses positions critiques envers le gouvernement du président Patrice Talon est accusé d’avoir diffusé de fausses informations et incité à la rébellion via le compte anonyme “Frère Hounvi”, suivi par près de 75 000 abonnés.
Les Accusations et la Défense : Un Dossier Controverseé
Le compte “Frère Hounvi” s’était fait remarquer par ses tribunes audio virales, souvent critiques envers l’administration Talon. Les publications de ce compte ont mystérieusement cessé depuis l’incarcération d’Amoussou en août 2024, un fait relevé par le ministère public lors de l’audience. Le substitut du procureur a accusé l’activiste de “s’être réfugié derrière un sentiment d’impunité” en utilisant l’anonymat pour “injurier et intimider”.
Face à ces accusations, la défense, menée par Me Magloire Yansunu, a plaidé la relaxe, mettant en lumière les failles de l’enquête. Les avocats ont particulièrement insisté sur l’absence d’expertise vocale qui aurait permis de relier formellement les enregistrements audio du compte “Frère Hounvi” à la voix de leur client. “Comment condamner un homme sans preuve matérielle ?”, ont-ils interrogé, qualifiant le dossier de “vide”.
Un Enlèvement Troublant et ses Conséquences
Les circonstances de l’arrestation de Steve Amoussou ajoutent une dimension inquiétante à cette affaire. Résidant au Togo depuis plusieurs années, le cyberactiviste a été enlevé en août 2024 par quatre individus qui l’ont forcé à monter dans un fourgon noir avant de le ramener au Bénin. Moins d’un mois après ces événements, la justice béninoise a reconnu deux hommes, Jimmy Gandaho et Géraud Gbaguidi, coupables de cette arrestation illégale.
Depuis son incarcération à la prison de Missérété, Amoussou maintient son innocence, dénonçant une machination politique visant à réduire au silence les voix critiques. “Je ne suis qu’un citoyen qui exprime ses opinions”, a-t-il déclaré lors de son témoignage.
Un Cas Emblématique à l’Approche des Élections de 2026
Cette affaire intervient dans un contexte politique tendu, à deux ans de l’élection présidentielle de 2026. Les observateurs nationaux et internationaux suivent avec attention ce dossier qui pourrait établir un précédent concernant le traitement des opposants et critiques du gouvernement.
Plusieurs organisations de défense des droits humains ont exprimé leurs préoccupations, craignant que ce cas ne marque un durcissement des positions à l’encontre de la liberté d’expression. “Un régime démocratique doit accepter la critique constructive”, a déclaré un représentant d’Amnesty International.
Verdict Attendu et Implications Futures
Le verdict, prévu pour le 26 mai, sera scruté à la loupe par la société civile et la communauté internationale. Selon les analystes politiques, cette décision pourrait influencer considérablement le climat politique à l’approche des élections.
D’un côté, une condamnation ferme enverrait un signal fort quant aux limites imposées à la critique des institutions. De l’autre, un acquittement ou une peine symbolique pourrait apaiser les tensions et rassurer sur l’état des libertés fondamentales au Bénin.
L’Équilibre Délicat Entre Sécurité et Libertés
L’affaire Steve Amoussou pose des questions fondamentales sur l’équilibre entre sécurité nationale et libertés individuelles dans un État de droit. Alors que le Bénin se présente comme un modèle de démocratie en Afrique de l’Ouest, ce dossier teste les limites de sa tolérance à la dissidence politique.
Le prochain mois s’annonce crucial, non seulement pour l’avenir du cyberactiviste, mais aussi pour la définition des règles du jeu démocratique au Bénin dans les années à venir. Les observateurs s’accordent à dire que cette décision judiciaire pourrait marquer un tournant dans la vie politique du pays.
