Le Gabon se trouve à un tournant décisif de son histoire politique. Alors que le pays cherche à tourner la page de cinquante-cinq ans de pouvoir dynastique, le ministère de l’Intérieur a rendu publique, dimanche 9 mars, la liste des candidats retenus pour la prochaine élection présidentielle. Quatre prétendants ont été jugés recevables sur les trente-quatre dossiers déposés, selon les déclarations d’Hermann Immongault lors d’un point presse.
Parmi les candidats figurent deux personnalités aux trajectoires opposées, symboles des forces en présence dans ce scrutin. Brice Clotaire Oligui Nguema, actuel président de la transition et artisan du coup d’État d’août 2023, a choisi son cinquantième anniversaire pour officialiser sa candidature. Dans un geste fort, il a déposé son dossier vêtu d’un costume civil, marquant ainsi sa volonté de rompre avec son passé militaire. “Je réponds à l’appel du peuple et de l’Esprit Saint”, a-t-il déclaré, justifiant sa décision de se présenter en indépendant.
Face à lui, Alain-Claude Bilie-By-Nze incarne l’héritage de l’ancien régime. Dernier Premier ministre d’Ali Bongo, ce technocrate expérimenté dispose d’un solide réseau au sein de l’administration gabonaise. Son entrée dans la course relance le débat sur la persistance des anciennes structures du pouvoir, près d’un an après la chute du système Bongo.
Les deux autres candidats en lice apportent des profils contrastés à cette élection. Joseph Lapensée Essingone, juriste et inspecteur des impôts, représente la technicité administrative, tandis que Stéphane Germain Iloko Boussengui, médecin de profession, porte peut-être l’espoir d’une troisième voie apolitique.
L’annonce du ministère a cependant laissé dans l’ombre les raisons précises du rejet de trente candidatures, dont celle de Jean-Rémy Yama, figure respectée du syndicalisme gabonais. Ce manque de transparence alimente les spéculations dans un pays où les processus électoraux ont souvent été contestés. Les candidats exclus disposent d’un droit de recours devant le Conseil constitutionnel, mais le calendrier serré laisse peu de marge de manœuvre.
La campagne s’annonce comme un véritable test démocratique pour le Gabon. D’un côté, Oligui Nguema mise sur son image de réformateur, soutenu par sa nouvelle plateforme “Les Bâtisseurs” qui cherche à rassembler au-delà des clivages traditionnels. De l’autre, Bilie-By-Nze pourrait capitaliser sur la lassitude d’une partie de la population face aux incertitudes de la transition.
Les observateurs s’interrogent sur les possibles recompositions politiques à l’œuvre. Le choix des Gabonais ne se limitera pas à une simple alternance de personnes, mais pourrait signifier l’adoption définitive d’un nouveau modèle de gouvernance ou, au contraire, un retour à des pratiques héritées du passé.
Alors que la date du scrutin approche, l’attention se porte également sur le rôle des institutions et des forces de sécurité. Le spectre des violences post-électorales, triste tradition dans la sous-région, plane sur ce processus censé marquer la renaissance politique du Gabon.
Dans les prochaines semaines, chaque meeting, chaque déclaration, chaque image sera analysée à la loupe par une population avide de changement mais méfiante après des décennies de promesses non tenues. Ce qui est certain, c’est que l’issue de ce scrutin écrira une nouvelle page de l’histoire gabonaise, pour le meilleur ou pour le pire.
