Jeune Afrique relève un paradoxe : les groupes francophones subsahariens affichent des actifs de bonne qualité, mais se retrouvent dans le dernier tiers du classement général. Selon le magazine, Coris, NSIA Banque, Ecobank (qui n’est pas cantonnée à la zone francophone) et BGFIBank se situent entre la 7e et la 14e place sur l’indice de qualité des actifs.
L’explication du FMI. Jeune Afrique cite le Fonds monétaire international : dans l’Uemoa, les expositions en monnaie locale aux États membres reçoivent une pondération de risque nulle, et leur provisionnement est facultatif. Elles pèsent environ 38 % des actifs bancaires en 2025, selon le Fonds. Le magazine y voit l’exact miroir des banques marocaines, très exposées aux crédits à l’économie, dont Fitch estime l’exposition à l’Uemoa à environ 24 % de leur actif total.
Une contrainte de marché, selon un analyste. Boris Afran, de Hudson & Cie, cité par Jeune Afrique, y voit moins une stratégie qu’une contrainte : ces banques captent des ressources plus vite qu’elles ne trouvent des contreparties répondant à leurs critères de risque, et l’excédent part en titres d’État de l’Uemoa. Le marché du crédit bancable reste « étroit », estime-t-il.
NSIA Banque. Le magazine rapporte que le groupe affiche un taux de créances douteuses de 6,32 %, le meilleur de la zone, et se classe 7e sur la qualité de portefeuille. Boris Afran attribue cela à un choix de croissance par la collecte plutôt que par l’assouplissement des critères d’octroi, mais appelle à la prudence : la hausse du coût du risque conjuguée à la baisse du ratio NPL peut refléter soit un renforcement volontaire de la couverture, soit une dégradation qui n’a pas encore migré vers les créances douteuses.
Coris, le grand bond. Selon Jeune Afrique, le holding burkinabè d’Idrissa Nassa gagne 17 places, plus grand bond du classement. Il récolte les fruits d’une série d’acquisitions : la banque de particuliers de Standard Chartered Côte d’Ivoire, l’ex-filiale tchadienne de Société générale, Banco Comercial do Atlântico, avec une injection de 100 millions d’euros de Mediterrania Capital Partners. Le magazine indique qu’il est devenu en 2025 le premier groupe bancaire de l’Uemoa en parts de marché d’actifs aux côtés d’Ecobank, 5e en liquidité avec un LDR de 66,6 %, et que son ROE passe de 14,8 % à 17,5 %. Boris Afran en souligne l’enjeu : déployer cette liquidité de façon rentable sans détériorer la qualité des actifs. Jeune Afrique ajoute que Ouagadougou exige de plus en plus des banques qu’elles souscrivent aux titres publics, dont Coris est l’un des premiers créanciers, et pose la question de ce que vaudront ces titres à terme.
Ecobank, la facture nigériane. Le magazine précise que le groupe, bien que basé à Lomé, considère le Nigeria comme son marché clé et a subi de plein fouet la réglementation locale. Il cite la société d’analyse CardinalStone : le taux de créances douteuses d’Ecobank Nigeria s’est établi en moyenne à 42,9 % à la suite de la sortie du régime de tolérance. À l’échelle du groupe, Jeune Afrique indique que le ratio passe de 6,7 % à 9,4 %. Son bilan s’est chargé en titres souverains plutôt qu’en crédit, les dépôts progressant de 9 % à taux constants contre 8 % pour les crédits bruts. Le directeur général, Jeremy Awori, y voit un réservoir de croissance, selon le magazine.
