Dans son classement 2026 des 22 groupes bancaires panafricains, Jeune Afrique note que trois des cinq groupes nigérians, habitués du haut du tableau, ont connu une forte dégringolade. Selon le magazine, Guaranty Trust Holding Company (GTCO) perd sa première place, United Bank for Africa (UBA) passe du 5e au 19e rang et First HoldCo du 12e rang à la dernière place. Zenith Bank et Access Bank, elles, progressent chacune d’une place. Jeune Afrique précise que le resserrement de l’échantillon de 29 à 22 groupes et le perfectionnement de sa méthodologie n’expliquent qu’en partie ce bouleversement, attribué à trois chocs monétaires.
Premier choc : la recapitalisation. D’après le magazine, les banques nigérianes à licence internationale ont achevé leur course aux 500 milliards de nairas (environ 377 millions de dollars) de capitalisation exigés par la Banque centrale. Jeune Afrique relève que cette immobilisation de capital a pénalisé le rendement des fonds propres, qui compte pour 50 % de son indice de rentabilité. Le ROE de First HoldCo est passé de 24,2 % en 2024 à 4,2 %, celui d’UBA de 22,4 % à 10,6 % et celui d’Access Bank de 18,5 % à 14,7 %.
Deuxième choc : la fin de la rente de change. Le magazine rapporte que le naira s’est apprécié de 1 535 à 1 436 pour un dollar en 2025, effaçant les bénéfices des dépréciations antérieures. GTCO admet, dans son rapport annuel cité par Jeune Afrique, une réduction de 477,8 milliards de nairas des gains sur les instruments dérivés.
Troisième choc : la fin des tolérances sur les crédits. Selon Jeune Afrique, le taux de créances douteuses du secteur est passé de 4,2 % en janvier 2025 à 7,51 % en décembre 2025. Le magazine décrit First HoldCo comme la dégradation la plus spectaculaire : son ratio bondit de 10,2 % à 18 %, le pire du classement. Il ajoute que les auditeurs jugent le groupe d’Adebowale Oyedeji « en infraction » sur ce taux, limité à 5 % par la banque centrale, comme sur celui des fonds propres (10,95 % contre 15 % exigés). C’est l’appréciation des auditeurs, rapportée par le magazine.
GTCO sanctionné pour son excès de prudence. Jeune Afrique indique que le groupe de Segun Agbaje échappe à la dégradation, ses créances douteuses reculant de 5,2 % à 5,0 %, mais paie un ratio de solvabilité de 43,82 %, très au-delà de la fourchette habituelle de 13 % à 18 % sur le continent. Le magazine précise que son classement sanctionne les fonds propres gardés en réserve sans être mis au travail, autant qu’une sous-capitalisation.
Les stratégies gagnantes. Selon Jeune Afrique, Zenith Bank, dirigée par Adaora Umeoji, s’est démarquée par l’anticipation : recapitalisée dès janvier 2025, elle a porté ses pertes sur expositions douteuses à 1 240 milliards de nairas contre 96,5 milliards en 2024, ramenant son ratio à 3,8 %. Access Bank a recouru au même apurement pour maintenir son NPL à 2,8 %, mais doit, d’après le magazine, le maintien de son rang à la réduction de ses coûts (coefficient d’exploitation de 56,7 % à 51,7 %). Ses bénéfices hors du Nigeria ont doublé, de 144 à 284 milliards de nairas, ce que Fitch attribue en partie au rachat de la banque mauricienne AfrAsia Bank.
