Des milliers de manifestants ont envahi les rues de Belém samedi 15 novembre, marquant le retour en force des marches climatiques mondiales lors de la COP30. Porté par une coalition inédite de peuples autochtones, de jeunes activistes et d’ONG internationales, le cortège de près de cinq kilomètres a envoyé un message sans équivoque aux négociateurs : il est temps de “tourner la page de l’ère des énergies fossiles”.
Le symbole le plus marquant de cette mobilisation restera sans doute les trois cercueils géants – pour le charbon, le pétrole et le gaz – fabriqués en bois local par des artisans brésiliens. “Ces funérailles symboliques représentent la fin de l’ère des énergies fossiles”, a expliqué João Talocchi, de l’Alliance latino-américaine pour les énergies renouvelables, rencontré par notre envoyé spécial.
Les peuples autochtones en première ligne
En tête du cortège, les communautés autochtones ont transformé la COP30 en caisse de résonance pour leurs revendications. “Une Amazonie libérée de l’orpaillage”, proclamait une jeune autochtone, tandis que Kahu Pataxo, président de la fédération des peuples Pataxo et Tupinamba, détaillait les obstacles politiques qui bloquent depuis six ans la démarcation de leurs territoires.
La manifestation a également donné une voix aux communautés caribéennes, particulièrement vulnérables. “Les émissions liées aux énergies fossiles réchauffent la mer des Caraïbes et provoquent des ouragans de plus en plus dévastateurs”, a témoigné Carolina Sánchez du Réseau caribéen sans énergies fossiles.
Un tournant dans les négociations ?
À mi-parcours des négociations, les observateurs détectent des signaux encourageants. “Suite au discours très fort du président Lula, sa ministre de l’Environnement a commencé à constituer une coalition de 60 pays en faveur d’un calendrier de sortie des énergies fossiles”, a révélé Fanny Petitbon, responsable de l’ONG 350.org, présente dans les délégations.
Le concept de “transition juste” apparaît comme le nouveau front des négociations. Pour la première fois, le texte en discussion inclurait une référence au “consentement préalable et éclairé” des populations autochtones pour l’extraction des minerais critiques nécessaires à la transition énergétique.
L’Afrique entre solutions et contradictions
La voix africaine s’est fait entendre à travers des témoignages comme celui de Pascal Mirindi, coordinateur de la campagne “Terre sans pétrole” en République démocratique du Congo. Il dénonce le projet gouvernemental de mettre en vente 52 blocs pétroliers dans des aires protégées : “Ces blocs se trouvent dans l’espace qui nous permet justement de nous positionner en pays solution. C’est absurde.”
Pourtant, comme l’a expliqué Larissa Yapo, directrice des Jeunes volontaires pour l’environnement en Côte d’Ivoire, l’Afrique dispose d’atouts majeurs : “Nous avons formé près de 1 000 communautés à des projets de foyers améliorés et d’agro-écologie paysanne.” Un potentiel qui contraste avec les contradictions de certains gouvernements, tiraillés entre nécessité de développement et impératifs climatiques.
Alors que la manifestation s’est achevée pacifiquement aux abords du site ultra-sécurisé de la COP30, la pression citoyenne semble avoir infléchi le cours des négociations. Les prochains jours diront si les paroles seront suivies d’engagements contraignants pour acter le début de la fin de l’ère des énergies fossiles.
