Dans les salons feutrés de la présidence béninoise, Patrice Talon reçoit Jeune Afrique pour un entretien où transparaît une forme de realpolitik assumée. Le chef de l’État, dont le second mandat touche à sa fin, dresse un bilan sans concession de ses relations avec l’opposition – une relation marquée par une défiance réciproque qui semble irréductible.
Les dossiers qui fâchent : Madougou et Aïvo
Sur les cas sensibles de Reckya Madougou et Joël Aïvo, figures emblématiques de l’opposition incarcérées, Talon reste intraitable. “La justice a parlé, je ne suis pas au-dessus des lois”, déclare-t-il d’une voix ferme, rejetant toute idée de grâce présidentielle avant 2026. Cette position, présentée comme un principe de gouvernance, est perçue par ses détracteurs comme la marque d’un autoritarisme sourcilleux. Le président nuance pourtant : “Ces dossiers judiciaires ne sont pas personnels. Si demain la justice décide de les libérer, ce ne sera pas mon problème.”
Code électoral : la ligne rouge
Face aux demandes répétées de l’opposition concernant une révision du code électoral et un audit complet du fichier électoral, Talon oppose une fin de non-recevoir polie mais déterminée. “Pourquoi changer des règles qui ont fait leurs preuves ?”, interroge-t-il, rappelant que les dernières élections législatives et municipales se sont déroulées sans contestation majeure. Cette position bute sur le scepticisme des partis d’opposition, qui dénoncent un système taillé sur mesure pour le pouvoir en place.
L’héritage Boni Yayi : l’épine dans le pied
Le président évoque avec une pointe d’ironie le retour en grâce de son prédécesseur, Thomas Boni Yayi, devenu le point de ralliement d’une opposition dispersée. “C’est le jeu normal de la démocratie”, commente-t-il, tout en laissant entendre que cette alliance hétéroclite pourrait se révéler contre-productive. “Les Béninois sont trop lucides pour se laisser berner par des promesses sans lendemain.”
Confiance dans l’avenir
Malgré ces tensions, Talon affiche une sérénité de façade quant à l’après-2026. “Je pars l’esprit tranquille”, assure-t-il, convaincu que les réformes structurelles menées depuis 2016 ont créé un cadre suffisamment solide pour garantir la stabilité du pays. Son ultime message ? “La démocratie béninoise est assez mature pour surmonter les alternances, même mouvementées.”
Ce dialogue de sourds entre le pouvoir et l’opposition dessine en filigrane les enjeux cruciaux des prochaines élections. Entre fermeté institutionnelle et crispations politiques, le Bénin de Talon semble avoir choisi son camp : celui d’une stabilité à tout prix, quitte à froisser les tenants d’une démocratie plus inclusive. Le verdict des urnes en 2026 dira si les Béninois partagent cette vision.
