Un concentré géographique unique
Le Cameroun se déploie comme une synthèse parfaite des paysages africains sur ses 475 442 km². Au nord, les plaines arides du Sahel cèdent progressivement la place aux savanes peuplées d’éléphants et de lions. À l’ouest, le majestueux Mont Cameroun, volcan actif culminant à 4 090 mètres, domine une région de hauts plateaux fertiles. Le sud et l’est du pays sont recouverts par l’immense forêt équatoriale, deuxième poumon vert de la planète après l’Amazonie. Cette diversité écologique exceptionnelle place le Cameroun parmi les 25 hotspots de biodiversité mondiale, avec plus de 9 000 espèces végétales et 1 000 espèces d’oiseaux recensées.
La façade atlantique de 400 km, avec ses plages de sable noir volcanique et ses mangroves luxuriantes, abrite le port de Douala, poumon économique du pays. Les fleuves Sanaga, Wouri et Nyong forment un réseau hydrographique vital pour les populations et l’économie, bien que leur potentiel hydroélectrique reste sous-exploité. Cette variété géographique s’accompagne de microclimats extrêmement diversifiés, faisant du Cameroun un véritable laboratoire naturel à ciel ouvert.
Une mosaïque humaine sans équivalent
Avec plus de 250 groupes ethniques parlant autant de langues, le Cameroun représente une extraordinaire richesse culturelle. Les Bamilékés, maîtres dans l’art du commerce et de l’agriculture intensive, dominent les hauts plateaux de l’ouest. Les Doualas, peuple côtier historiquement tourné vers la pêche et le commerce maritime, ont joué un rôle clé dans les échanges avec les Européens dès le XVIe siècle. Au nord, les Peuls, éleveurs nomades, cohabitent avec les Kirdis, agriculteurs sédentaires des montagnes mandara.
Cette diversité linguistique s’organise autour d’un bilinguisme institutionnel unique en Afrique : le français (parlé par 80% de la population) et l’anglais (20%) sont langues officielles, héritage de la partition coloniale entre France et Grande-Bretagne. Le pidgin english sert quant à lui de lingua franca dans les échanges informels. Cette pluralité culturelle se manifeste dans des traditions artistiques riches, des rites initiatiques complexes et un artisanat varié allant des masques royaux bamouns aux sculptures tikars.
Une économie en mutation
Première puissance économique d’Afrique centrale, le Cameroun présente un profil économique diversifié mais encore trop dépendant des matières premières. Le pétrole, bien qu’en déclin, représente toujours 40% des exportations. L’agriculture, pilier historique, fait vivre 70% de la population active grâce à des cultures d’exportation comme le cacao (5e producteur mondial) et le café, mais aussi des productions vivrières essentielles comme le manioc et le maïs.
Douala, métropole bouillonnante de 4 millions d’habitants, s’affirme comme un hub technologique régional avec l’émergence de startups prometteuses dans la fintech et l’agritech. Le secteur manufacturier se développe progressivement, notamment dans les domaines de l’agroalimentaire et des matériaux de construction. Cependant, l’économie souffre encore de graves dysfonctionnements : corruption endémique, infrastructures vieillissantes et inégalités criantes entre régions.
Une stabilité politique relative
Depuis son indépendance en 1960, le Cameroun a connu une stabilité politique exceptionnelle en Afrique centrale, avec seulement deux présidents : Ahmadou Ahidjo (1960-1982) et Paul Biya (depuis 1982). Cette longévité institutionnelle cache cependant des tensions croissantes, notamment dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest où un conflit séparatiste fait rage depuis 2016.
La crise anglophone, née de revendications linguistiques et politiques, a déjà fait plusieurs milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés. Dans l’Extrême-Nord, la menace de Boko Haram pèse sur la sécurité des populations, tandis que les régions frontalières avec la Centrafrique doivent gérer l’afflux de réfugiés. Ces défis sécuritaires mettent à l’épreuve le modèle camerounais de “stabilité dans la diversité”.
Rayonnement culturel continental
Le Cameroun exerce une influence culturelle disproportionnée par rapport à sa taille. Sur le plan musical, le pays a donné naissance à des genres populaires comme la makossa (immortalisée par Manu Dibango dans “Soul Makossa”) et le bikutsi, rythme traditionnel bamiléké devenu phénomène international. La littérature camerounaise, avec des figures comme Mongo Beti et Ferdinand Oyono, a profondément marqué la pensée postcoloniale africaine.
La gastronomie camerounaise, réputée comme l’une des plus riches d’Afrique, mélange influences locales et apports étrangers. Le ndolé, plat national à base de feuilles amères, d’arachides et de viande ou poisson, symbolise cette créativité culinaire. Le football reste quant à lui une véritable passion nationale, avec les Lions Indomptables qui ont marqué l’histoire du sport africain par leurs performances, notamment lors de la Coupe du Monde 1990.
Défis et perspectives d’avenir
Le Cameroun se trouve aujourd’hui face à des choix cruciaux pour son développement. La transition énergétique constitue un enjeu majeur alors que les réserves pétrolières s’épuisent. Le projet de barrage de Nachtigal (420 MW) sur la Sanaga témoigne des efforts pour diversifier les sources d’énergie. La préservation des forêts, qui couvrent encore 45% du territoire, représente un autre défi environnemental et économique.
Sur le plan politique, la résolution de la crise anglophone et la gestion de la succession du président Biya, âgé de 91 ans, conditionneront la stabilité future du pays. L’émergence d’une nouvelle génération d’entrepreneurs et d’artistes laisse cependant entrevoir un avenir prometteur pour cette “Afrique en miniature” qui n’a pas encore révélé tout son potentiel.
