Le Caire a été le théâtre d’un coup de théâtre politique ce 12 mars 2025. Samuel Eto’o, l’icône du football africain et président tourmenté de la Fecafoot, a finalement conquis son siège au comité exécutif de la CAF. Une victoire par acclamation qui clôt six mois de bataille judiciaire et politique, révélant les profonds clivages qui traversent le football continental.
L’accession d’Eto’o à ce poste stratégique tient du parcours du combattant. En janvier dernier, sa candidature semblait enterrée après que la CAF l’eût disqualifié pour violation d’éthique. Le motif ? Un contrat controversé avec une société de paris sportifs que l’ancien attaquant avait signé tout en présidant la fédération camerounaise. “C’était un piège politique”, confie un proche du dirigeant sous couvert d’anonymat. Le rebond fut pourtant spectaculaire : après un recours victorieux devant les instances d’appel de la CAF, le Tribunal Arbitral du Sport a définitivement levé l’obstacle début mars, contraignant la confédération à valider sa candidature.
Cette élection intervient dans un contexte de guerre larvée avec le ministre camerounais des Sports, Narcisse Mouelle Kombi. Leur affrontement le plus violent porta sur la nomination du sélectionneur national en avril 2024. Alors que le ministre imposait le Belge Marc Brys, Eto’o manœuvra pour le remplacer, déclenchant une crise institutionnelle sans précédent. “C’était notre Watergate footballistique”, ironise aujourd’hui un journaliste sportif camerounais. Ces tensions reflètent un combat plus large pour le contrôle du football camerounais, où Eto’o a méthodiquement consolidé son pouvoir.
Les réformes statutaires de la Fecafoot en 2024 ont ainsi allongé la durée des mandats présidentiels, permettant théoriquement à Eto’o de se maintenir jusqu’en 2031. Une manœuvre qualifiée de “putsch administratif” par ses détracteurs, mais que le principal intéressé justifie par la nécessité de “stabiliser l’institution”. Ces méthodes musclées interrogent sur son style de gouvernance, à l’heure où il intègre l’une des instances les plus puissantes du football africain.
Pourtant, derrière les polémiques, Eto’o reste l’une des figures les plus charismatiques du sport continental. Son élection pourrait redessiner les équilibres au sein de la CAF, où il représente désormais officiellement l’Afrique centrale. “Il apporte une crédibilité sportive inégalée, mais son passé conflictuel risque de polariser les débats”, analyse un consultant footballistique basé à Dakar.
Cette nomination pose en filigrane une question fondamentale : la CAF peut-elle véritablement se réformer tout en intégrant des figures aussi clivantes ? Alors que l’instance continentale cherche à tourner la page des scandales qui ont marqué la présidence Ahmad Ahmad, le parcours d’Eto’o incarne toute l’ambiguïté du football africain – tiraillé entre prestige sportif et luttes d’influence.
Aujourd’hui, tous les regards sont tournés vers le Caire. Comment Eto’o utilisera-t-il ce nouveau pouvoir ? Jouera-t-il les faiseurs de paix ou les bulldozers ? Une chose est certaine : son entrée au comité exécutive promet de secouer les couloirs de la CAF. Et peut-être, à terme, de redéfinir les règles du jeu du football africain.
