Un peu plus d’un mois après avoir quitté le fauteuil présidentiel, Patrice Talon en a retrouvé un autre. L’ancien chef de l’État béninois a été élu, ce 6 août 2026, à la tête de la chambre haute du Parlement, devenant ainsi la troisième personnalité du pays après le président et la vice-présidente de la République. Une élection qui intervient dans le cadre d’une réforme constitutionnelle controversée.
Une élection attendue
Le nom de Patrice Talon circulait parmi les personnalités pressenties pour la fonction. Deux jours plus tôt, sur sa page Facebook, Iréné Agossa, le porte-parole de l’Union progressiste, le Renouveau (UPR), le principal parti du pays, avait appelé à élire à la tête de la nouvelle institution l’ancien président, le qualifiant de « seul parmi ses prédécesseurs à avoir véritablement incarné l’autorité de l’État et redressé notre pays ».
Patrice Talon présidera, pour un mandat de cinq ans renouvelable, un bureau composé de deux autres membres : un vice-président et un rapporteur. Ces deux derniers postes sont respectivement revenus à l’ancien président de l’Assemblée nationale, Louis Vlavonou, et à l’ancien ministre de l’Intérieur, Alassane Seïdou.
Une réforme constitutionnelle controversée
Le Sénat avait été instauré en novembre dernier à la faveur d’une réforme constitutionnelle controversée, intervenue à six mois de la fin du second mandat présidentiel de Patrice Talon. Du fait de ce timing et de l’opacité dans laquelle il avait été conçu, le texte législatif avait été vivement critiqué par l’opposition. La loi avait surtout été perçue comme une volonté de l’ancien président de continuer à influencer la vie politique dans l’ombre de son successeur, Romuald Wadagni, qu’il a lui-même désigné comme dauphin, et de se protéger d’éventuels conflits.
« La manière dont cette réforme est arrivée sans véritables consultations laisse à penser que le Sénat a été créé pour qu’il se garantisse une immunité », s’est inquiété un acteur de la société civile.
Un défi de taille
Le véritable défi de cette nouvelle chambre sera de trouver sa place au milieu d’institutions bien établies et de lever tout doute sur son véritable intérêt. Le Sénat dispose de prérogatives importantes sur le plan législatif. Il peut imposer une seconde lecture de toutes les lois votées par l’Assemblée nationale, à l’exception des lois de finances et des lois programmatiques. Les lois constitutionnelles, électorales et celles portant sur l’organisation de la vie politique doivent obligatoirement obtenir l’imprimatur de la chambre haute pour être promulguées.
« Nous avons l’honneur d’être les premiers au sein de cette institution nouvelle dotée de pouvoirs importants. Elle suscite des interrogations, des appréhensions, des besoins de clarification au sein de notre population », a reconnu Élisabeth Pognon, doyenne d’âge en second du Sénat, avant d’ajouter qu’il revient aux sénateurs de faire en sorte que l’institution inspire confiance.
