Le premier round s’est joué à Libreville, et il a tourné court. En se déclarant incompétent pour trancher le contentieux lié à l’élection à la tête de la Fédération gabonaise de football, le juge des référés a renvoyé les protagonistes à une autre arène, bien plus familière des litiges sportifs : celle du Tribunal Arbitral du Sport (TAS). Une décision qui, au-delà de sa technicité juridique, rebat subtilement les cartes d’un affrontement où le droit et la stratégie s’entremêlent étroitement.
Pour le Dr. Nguema Edou, recalé de la course à la présidence de la Fegafoot, l’offensive judiciaire engagée en urgence reposait sur un argument de fond : une atteinte au principe d’égalité entre candidats, en raison d’un manque de transparence sur le corps électoral. Mais encore fallait-il frapper à la bonne porte.
En soulevant l’incompétence du juge étatique, les conseils de la Fédération ont rappelé une règle bien établie : les litiges sportifs, notamment électoraux, échappent en grande partie aux juridictions nationales pour relever de mécanismes d’arbitrage spécialisés. Une ligne de défense classique, mais redoutablement efficace. Résultat : le débat sur le fond n’a même pas été ouvert.
Le TAS, juge du fond… mais pas sans conditions
Le recours annoncé devant le TAS constitue désormais la pièce maîtresse de la stratégie du camp Nguema Edou. À première vue, l’instance lausannoise offre un terrain plus favorable pour examiner les griefs soulevés : respect des statuts, transparence du processus électoral, équité entre candidats.
Mais la route est loin d’être dégagée.
D’abord, le TAS n’est pas une juridiction d’appel automatique. Il faut démontrer sa compétence, souvent conditionnée par l’existence de clauses compromissoires dans les statuts de la fédération ou par l’épuisement préalable des voies de recours internes. Autrement dit, toute faille procédurale pourrait être fatale au recours.
Ensuite, le calendrier joue contre le requérant. Avec une échéance électorale fixée au 18 avril 2026, le temps judiciaire est contraint. Certes, des procédures accélérées existent au TAS, mais elles supposent des dossiers solides et parfaitement structurés.
Surtout, au-delà de la bataille procédurale, le fond du dossier pourrait s’avérer délicat pour le requérant. Selon la Commission électorale, plusieurs candidatures concurrentes à celle de Pierre Alain Mounguengui présentaient des manquements significatifs : absence de parrainages suffisants, défaut de caution, dossiers incomplets, voire irrégularités dans la composition des listes.
Des éléments qui, s’ils sont confirmés, relèvent moins d’une opacité du processus que d’un non-respect des exigences statutaires. Or, le TAS, réputé pour son approche rigoureuse, se montre généralement peu enclin à invalider des décisions électorales lorsque les règles ont été clairement établies et appliquées.
En filigrane, ce contentieux dépasse le simple cadre juridique. Il s’inscrit dans un contexte de gouvernance contestée du football gabonais, où la bataille pour la légitimité se joue autant dans les prétoires que dans l’opinion.
Le recours au TAS pourrait ainsi avoir une double fonction : tenter un ultime renversement juridique, mais aussi peser politiquement sur un processus électoral déjà engagé.
Vers une confirmation plutôt qu’un renversement ?
Alors, la « seconde manche » annoncée peut-elle prospérer à Lausanne ? Rien n’est impossible en matière d’arbitrage sportif. Mais en l’état, plusieurs facteurs jouent en défaveur du requérant : la solidité apparente des motifs d’invalidation, la contrainte du temps, et les exigences procédurales strictes du TAS.
Plus qu’un tournant, le passage par Lausanne pourrait bien acter une continuité : celle d’un processus électoral qui, sauf coup de théâtre, devrait suivre son cours.
Reste à savoir si, dans cette partie où chaque mouvement est scruté, le droit offrira encore une ouverture… ou s’il entérinera définitivement le rapport de force établi à Libreville.
