La souscription record aux « diaspora bonds » a masqué une réalité plus complexe : l’électorat le plus fervent de Pastef à l’étranger commence à se diviser. Si des Sonkistes historiques comme Ousmane Sané maintiennent une confiance inébranlable, une enquête exclusive de Jeune Afrique au sein de la communauté sénégalaise en France révèle l’émergence d’une frange « impatiente », incarnée par des influenceurs comme Lansana Fofana, qui reprochent au pouvoir de trahir ses promesses révolutionnaires.
Selon des informations recueillies par Jeune Afrique, cette fracture est alimentée en coulisse par des échanges tendus entre certains leaders d’opinion de la diaspora et l’entourage du Premier ministre. Nos sources évoquent des conversations téléphoniques houleuses au cours desquelles des soutiens de la première heure, qui avaient mobilisé des fonds et des votes, ont fait part de leur amertume face au manque de résultats concrets sur les dossiers sensibles, notamment le procès des victimes des violences politiques.
Le ras-le-bol de la base militante
« La diaspora a massivement et financièrement contribué aux activités de Pastef pour que le parti accède au pouvoir. Nous attendons d’eux qu’ils trouvent des solutions rapides aux problèmes des populations et non qu’ils continuent de nous solliciter pour financer des projets étatiques », déclarait Lansana Fofana. Cette colère, Jeune Afrique peut révéler qu’elle est partagée par plusieurs noyaux durs de militants en Europe, qui estiment que le gouvernement instrumentalise leur loyauté sans rendre de comptes sur ses engagements les plus symboliques.
Un membre influent de la Fédération Pastef France, dont l’identité est préservée à sa demande, a confié à Jeune Afrique : « On nous demande toujours de donner, de souscrire, de défendre la ligne. Mais quand nous demandons où en est l’enquête sur les morts de 2021, on nous répond que la situation économique est la priorité. C’est un affront pour les familles des martyrs. » Cette révélation exclusive met en lumière le décalage croissant entre la stratégie de communication du gouvernement et les attentes de sa base militante à l’étranger.
Une confiance conditionnelle et révisable
L’enquête de Jeune Afrique montre que la loyauté de la diaspora n’est plus acquise mais se négocie au jour le jour. L’analyse des réseaux sociaux commandée par nos soins confirme une baisse significative de l’engagement positif sur les publications de soutien à Ousmane Sonko dans les communautés sénégalaises d’Europe, remplacé par des commentaires plus critiques sur le coût de la vie.
Face à ce constat, le soutien d’un Henry Sarr, qui salue la « transparence » du gouvernement, représente une autre tendance : celle d’une diaspora plus modérée, priorisant l’assainissement des finances publiques. Mais la révélation par Jeune Afrique de ces tensions internes démontre que le capital de sympathie de Pastef à l’étranger, bien que solide, devient de plus en plus fragile. Le pari des « diaspora bonds » a fonctionné à court terme, mais il a aussi servi de catalyseur à une prise de conscience : la patience de ceux qui ont porté le régime au pouvoir a des limites.
