Dans un verdict historique rendu ce mercredi 12 novembre 2025, la cour criminelle spécialisée de Libreville a condamné Sylvia Bongo Ondimba, 62 ans, et son fils Noureddine Bongo-Valentin, 33 ans, à vingt ans de réclusion criminelle pour détournement de fonds publics et blanchiment de capitaux. Les deux proches de l’ancien président Ali Bongo Ondimba, jugés en leur absence, ont également écopé d’une amende de 100 millions de F CFA (environ 152 000 euros).
Un système de captation organisée des fonds publics
Le procès, qui s’est ouvert il y a deux jours, a révélé l’ampleur d’un système sophistiqué de captation de l’argent public « au profit d’intérêts privés », selon les termes du procureur général Eddy Minang. Les témoignages et pièces à conviction ont exposé des transferts financiers se chiffrant en milliards de francs CFA, détournés des caisses publiques à des fins personnelles.
Le président de la cour, Jean Mexant Essa Assoumou, a retenu une longue liste de chefs d’accusation contre Sylvia Bongo Ondimba, déclarée coupable de « recel et de détournement de fonds publics, blanchiment de capitaux, usurpation de fonds et instigation au faux ». Son fils Noureddine Bongo-Valentin a été reconnu coupable de « détournement de deniers publics, usurpation des titres et de fonction, blanchiment aggravé de capitaux et association de malfaiteurs ».
Une condamnation historique et des réparations financières records
Outre leur peine d’emprisonnement, les deux condamnés devront verser des sommes astronomiques à l’État gabonais. Noureddine Bongo-Valentin a été condamné à payer plus de 1,201 milliard de F CFA (1,83 million d’euros) au titre du préjudice financier, tandis que les deux accusés devront s’acquitter solidairement de 1 000 milliards de F CFA (1,52 milliard d’euros) pour le préjudice moral subi par la nation gabonaise.
Le verdict a également établi la culpabilité de Noureddine Bongo dans une affaire de « corruption active » de membres du Centre gabonais des élections (CGE), à qui il aurait remis 500 millions de F CFA pour « obtenir une décision favorable à son père » avant le coup d’État du 30 août 2023.
L’absence des principaux accusés et les contentieux internationaux
Comme annoncé depuis plusieurs semaines, ni Sylvia ni Noureddine Bongo, tous deux réfugiés à Londres, ni leurs avocats ne se sont présentés à l’audience. Dans un entretien à l’AFP, Noureddine Bongo a justifié cette absence en affirmant que « les conditions d’un procès juste et équitable ne sont toujours pas réunies ».
Arrêtés après le coup d’État qui a porté le général Brice Clotaire Oligui Nguema au pouvoir, les deux accusés avaient été emprisonnés pendant vingt mois avant d’être autorisés à quitter le territoire gabonais dans le cadre d’une liberté provisoire. Ils ont depuis déposé plainte pour « tortures » devant la justice française, alléguant avoir subi des sévices durant leur détention – des accusations que le président Oligui Nguema a formellement démenties.
Un procès qui s’inscrit dans la transition politique gabonaise
Ce verdict marque un tournant décisif dans la politique de « rupture » affichée par le nouveau pouvoir gabonais. Le procès des proches collaborateurs des Bongo se poursuit jusqu’à vendredi, avec dix anciens membres de l’entourage de l’ancien président qui comparaissent pour complicité de détournement de fonds publics et autres infractions financières.
La condamnation de Sylvia et Noureddine Bongo symbolise la fin d’une ère politique et ouvre un nouveau chapitre dans la lutte contre la corruption au Gabon, tout en posant la question complexe de l’exécution de cette peine prononcée par contumace.
