Le récent rapport de Human Rights Watch sur le massacre de Solenzo a jeté une lumière crue sur les fractures profondes qui traversent la société burkinabè. Les images insoutenables de civils peuls exécutés par des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) révèlent une dangereuse dérive sécuritaire qui menace l’équilibre déjà fragile du pays. Ce drame intervient dans un contexte où la lutte contre le terrorisme sert trop souvent de prétexte à des violences communautaires, transformant des milices supposées protéger la population en instruments de terreur.
Une stratégie sécuritaire à bout de souffle
La réaction du gouvernement burkinabè face à ces révélations suscite plus d’inquiétudes que d’apaisement. En déniant les faits sans apporter la moindre contre-expertise des vidéos accablantes, les autorités donnent l’impression de protéger les bourreaux plutôt que les victimes. Cette attitude risque d’enfoncer un peu plus le pays dans la défiance : défiance des communautés persécutées envers l’État, défiance de la population envers ses institutions, et défiance de la communauté internationale envers un gouvernement qui semble perdre le contrôle de ses propres forces supplétives.
Le piège des milices incontrôlées
L’implication présumée des VDP dans ce massacre pose une question fondamentale sur le modèle sécuritaire adopté par Ouagadougou. Ces groupes d’autodéfense, créés pour pallier les carences de l’armée régulière, se transforment progressivement en milices incontrôlables. Le cas de Solenzo n’est malheureusement pas isolé : partout dans le pays, des rapports font état d’exactions commises par ces volontaires qui, au lieu de protéger les civils, alimentent un cycle de violences intercommunautaires. La lutte contre le jihadisme ne peut justifier ces dérives qui, à terme, risquent de créer plus de terroristes qu’elles n’en éliminent.
L’urgence d’une réponse internationale coordonnée
Face à cette situation explosive, la communauté internationale ne peut se contenter de déclarations de principe. Les partenaires du Burkina Faso, notamment la France et les pays de la CEDEAO, doivent conditionner leur aide militaire à un contrôle strict des VDP et au respect des droits humains. La création d’une commission d’enquête internationale indépendante sur le massacre de Solenzo constituerait un premier pas vers la vérité et la justice. Sans pression extérieure, le risque est grand de voir se répéter le scénario malien, où les milices ont fini par échapper totalement au contrôle de l’État.
Un avenir incertain
Le drame de Solenzo pourrait marquer un tournant dans la crise que traverse le Burkina Faso. Soit le pays s’enfonce dans la violence généralisée et les règlements de comptes intercommunautaires, soit il saisit cette occasion pour repenser fondamentalement sa stratégie sécuritaire. La balle est désormais dans le camp des autorités burkinabè : continueront-elles à nier l’évidence ou auront-elles le courage de rompre avec les pratiques qui alimentent la spirale de la violence ? La réponse à cette question déterminera l’avenir d’une nation au bord de l’implosion.
