La Guinée face à la tourmente politique : Alpha Condé dénonce une offensive contre l’opposition . L’actualité politique guinéenne vient de connaître un nouveau tournant dramatique avec la décision des autorités de transition de suspendre 28 partis politiques pour une durée de trois mois. Parmi les formations visées figurent en bonne place le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) de l’ancien président Alpha Condé et l’Union des forces républicaines (UFR) de Sidya Touré, deux poids lourds de la scène politique nationale. Cette mesure radicale, justifiée officiellement par des manquements administratifs, est perçue par de nombreux observateurs comme une tentative déguisée de museler l’opposition à l’approche d’élections cruciales pour l’avenir du pays.
L’ancien chef de l’État Alpha Condé, renversé par le coup d’État de septembre 2021, n’a pas tardé à réagir avec virulence. Dans une déclaration retentissante, il a accusé sans ambages la junte au pouvoir de chercher à “soumettre” l’opposition, dénonçant une dérive autoritaire qui menace les fondements mêmes de la démocratie guinéenne. Ces propos prennent un relief particulier dans un contexte marqué par une série de mesures répressives et de restrictions des libertés fondamentales qui ont progressivement réduit l’espace démocratique depuis l’arrivée au pouvoir du colonel Mamadi Doumbouya.
Les arguments avancés par les autorités pour justifier ces suspensions – absence de compte bancaire dédié, non-tenue de congrès statutaires ou défaut de déclaration des bureaux politiques – peinent à convaincre. Une analyse plus approfondie révèle en effet que la plupart des partis sanctionnés représentent des courants d’opposition influents ou des formations historiques ayant joué un rôle majeur dans la vie politique nationale. Le RPG, ancien parti au pouvoir, et l’UFR, fer de lance de l’opposition sous le régime Condé, apparaissent clairement comme les principales cibles de cette opération de grande envergure.
Cette décision intervient à un moment particulièrement sensible du processus de transition. Alors que le pays s’achemine théoriquement vers des élections censées marquer le retour à un ordre constitutionnel, cette mesure brutale jette une ombre inquiétante sur la crédibilité du futur scrutin. Elle s’inscrit dans une série d’actions répressives qui ont progressivement verrouillé l’espace politique : arrestations arbitraires de militants, harcèlement judiciaire des opposants, contrôle accru des médias indépendants et restriction des libertés de réunion et d’expression.
La situation actuelle présente un paradoxe troublant pour la junte au pouvoir. D’un côté, elle s’est engagée auprès de la communauté internationale, et particulièrement de la CEDEAO, à organiser des élections crédibles pour sortir le pays de la transition. De l’autre, chaque mesure autoritaire prise pour consolider son emprise sur le processus politique éloigne un peu plus cette perspective et alimente les suspicions quant à ses véritables intentions. Cette suspension massive des partis d’opposition risque de compromettre définitivement la tenue d’un scrutin libre et transparent.
Les réactions internationales à cette nouvelle crise politique seront déterminantes pour l’évolution de la situation. Jusqu’à présent, les partenaires de la Guinée ont fait preuve d’une certaine complaisance face aux dérives autoritaires de la transition. Mais cette escalade ouverte contre l’opposition organisée pourrait marquer un point de rupture et conduire à un réexamen des relations avec le régime en place. La crédibilité des institutions régionales, en particulier de la CEDEAO, est désormais en jeu dans leur capacité à réagir à ce qui apparaît comme une violation flagrante des principes démocratiques.
L’avenir immédiat de la Guinée se dessine donc sous de sombres auspices. La suspension des principaux partis politiques crée un vide dangereux dans la représentation populaire et risque de pousser les forces d’opposition vers des formes de contestation extra-institutionnelles. Dans un contexte économique et social déjà tendu, cette nouvelle crise politique pourrait être l’étincelle qui met le feu aux poudres. Le pays se trouve à un carrefour décisif de son histoire, où le choix entre la voie démocratique et la tentation autoritaire engage son avenir pour les décennies à venir.
La communauté internationale, les organisations régionales et la société civile guinéenne se trouvent désormais face à une responsabilité historique. Leur capacité à trouver une réponse commune et ferme à cette dérive dictatoriale déterminera si la Guinée pourra retrouver le chemin de la démocratie ou sombrera plus profondément dans l’autoritarisme. Les prochaines semaines seront cruciales pour l’avenir d’un pays qui semble chaque jour un peu plus s’éloigner de ses aspirations démocratiques.
